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Burundi : Sandra Muhoza comparue en chambre de conseil

La journaliste correspondante du journal en ligne La Nova Burundi a été auditionnée ce lundi au tribunal de grande instance de Mukaza, dans la ville de Bujumbura, assistée par son avocat. Détenue depuis bientôt trois semaines, elle est accusée d’atteinte à l’intégrité du territoire national et d’aversion raciale. La défense a nié les faits et plaidé pour la libération de la cliente.

Habillée en vert, la tenue des prisonniers au Burundi, la journaliste Muhoza est comparue avec d’autres codétenus au tribunal de grande instance de Mukaza, en pleine capitale économique du Burundi. Avec un léger sourire aux lèvres, la consœur semblait encore pleine d’espoir après près de trois semaines d’incarcération.

L’audience s’est déroulée en chambre de conseil, où trois juges ont siégé avant que son avocat ne condamne cet emprisonnement. Les infractions qui lui sont reprochées ont été exposées à la barre. Il s’agit notamment de l’atteinte à l’intégrité du territoire national pour des faits qui concernent les échanges de mots dans un groupe WhatsApp de collègues journalistes sur une « probable distribution de machettes aux jeunes du parti au pouvoir au Burundi », ainsi que de la manifestation de l’aversion raciale.

Dans une courte interview à la sortie de l’audience, Maître Prosper Niyoyankana, avocat de la défense, a jugé ces chefs d’accusation infondés, ce qui, selon lui, ternit gratuitement l’image du Burundi. Il a regretté : « L’atteinte à l’intégrité du territoire national signifierait qu’il y a des agents armés qui auraient envahi le pays sur commande de Madame Sandra. Encore moins, la manifestation de l’aversion raciale ne peut pas être démontrée par un simple commentaire qui n’avait d’autres visées que d’échanger entre amis professionnels et du même âge ; bref, entre des égaux qui, d’ailleurs, ont exprimé leur opinion sans pour autant être poursuivis. »

Et il s’est interrogé : « Pourquoi Sandra Muhoza, résidant et travaillant à Ngozi, là où les faits décrits par le ministère public se sont passés, a-t-elle été déférée devant le parquet de Mukaza alors que Ngozi dispose d’un parquet de même compétence que Mukaza, peu importe les grades ? » Dans ce cas, estime M. Niyoyankana, les officiers de police judiciaire se seraient auto-déclarés incompétents tant du point de vue de la compétence matérielle que du point de vue de la compétence territoriale.

La partie défenderesse a plaidé pour la relaxe ou, au moins, pour la liberté provisoire de la cliente, la journaliste Sandra, qui, aux yeux de ce juriste, n’a rien à faire en prison sous ces deux aspects. Le verdict est attendu dans les quarante-huit heures.

Arrêtée le 13 avril 2024, Sandra Muhoza, 42 ans, correspondante du journal en ligne La Nova en province de Ngozi (partie nord du Burundi), aurait, selon des sources proches de sa famille, reçu un rendez-vous pour une interview avec un homme d’affaires de la localité sur la culture de l’avocatier. Elle aurait été arrêtée au moment du briefing par des agents du service des renseignements de la place, puis conduite au cachot du Commissariat de la Police Judiciaire à Ngozi, avant d’être transférée à Bujumbura et conduite à la prison centrale de Mpimba le 18 avril 2024.

Sa famille biologique, son employeur, ses collègues journalistes et des organisations de médias burundaises et internationales ont plaidé pour sa libération depuis son incarcération.

Par Nolis Nduwimana

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