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La poésie de Pascasie Nahishakiye : quand l’entrepreneuriat culturel paie

Grâce à son éloquence et à la poésie, Pascasie Nahishakiye est devenue célèbre dans sa localité. Femme influente, elle éveille les consciences, amuse, prodigue des conseils, enseigne, distrait et détend. La maîtrise de son art lui a ouvert un épanouissement économique et sa renommée dans la société lui a permis de devenir cheffe de sa colline depuis bientôt 10 ans.

Éloquence. Voilà le mot convenable. Pour dresser un tableau de Pascasie Nahishakiye, des mots peuvent manquer. D’apparence jeune, elle est pourtant âgée de 56 ans et a trois enfants. D’apparence joviale, c’est pourtant une veuve résiliente qui puise ses ressources dans l’humour et la poésie : « Je ne peux pas supporter que les gens restent silencieux. Je dois créer une ambiance qui suscite une interaction. Je ne peux pas garder de rancœur même s’il arrive que je sois de temps en temps en colère, je ne suis pas rancunière, je n’en serais même pas capable », confie-t-elle joyeusement.

Originaire du centre du pays, sur la colline Kaguhu, zone Kabanga, commune Giheta de Gitega, Capitale Politique du Burundi, Pascasie Nahishakiye tient cette passion de l’encadrement culturel des groupes d’animation dans sa jeunesse. Elle se rappelle : « J’aimais chanter quand j’étais jeune. Lorsque c’était mon tour d’assurer la garde des chèvres, je passais des heures à faire des récitations poétiques. Quand j’ai eu l’âge d’adhérer aux groupes culturels d’animation, c’était une belle opportunité d’affiner mon talent ».

Un talent utile

Les qualités artistiques de Pascasie ont beaucoup contribué à des succès remarquables. Elle a gagné au cours des années des prix et eu des occasions de participer à des évènements qui lui ont permis de se développer : « Quand j’ai participé à l’accueil de Feu Président Pierre Nkurunziza, il a été très impressionné par ma prestation et m’a donné en guise de remerciement des tôles que j’ai utilisées pour remplacer la toiture en paille de mon ancienne maison. Dans d’autres événements où j’ai eu à prester, j’ai reçu un vélo qui me facilite le déplacement ainsi qu’une somme d’argent qui m’a permis d’acheter du petit bétail. Aujourd’hui veuve et sans soutien, j’ai pu acheter une parcelle pour mes enfants ».

Une vie remplie d’opportunités

Madame Pascasie s’est vue, grâce à son talent, pourvue d’une visibilité inégalée dans sa province ce qui fait d’elle une star communautaire très sollicitée : « Je suis souvent sollicitée pour des émissions radiophoniques. Parfois je participe pour accueillir des visiteurs lors des évènements publics et ils sont émus par ma poésie. Un jour, j’ai même eu un cadeau de téléphone portable, c’était en 2022, la première fois que j’ai utilisé le téléphone. Un jour j’ai été aussi choisie pour aller en République Démocratique du Congo, ma première visite en dehors du pays. »

Une femme artiste très socialement engagée

L’entourage de Madame Pascasie Nahishakiye reconnaît sa contribution sociale à travers sa poésie : « Pascasie est une femme qui s’exprime sans crainte. Elle ne mâche pas les mots. Elle donne des conseils et rassemble les gens même en cas de conflits à travers sa poésie. Elle éveille toujours son entourage. Personne ne peut s’ennuyer en sa présence », témoigne une jeune fille de sa localité.

Joseph Butoyi l’un des habitants de la colline Kaguhu trouve que les talents féminins sont à encourager et soutenir, au vu de l’apport de madame Pascasie Nahishakiye : « Nous nous réjouissons de son talent. Son apport est indispensable. Il y a des associations qui viennent nous visiter grâce à son éloquence. Elle mêle l’humour aux conseils. Elle agrémente son entourage. De tels talents doivent être soutenus pour sauvegarder la culture et le renforcement de la cohésion sociale »

Cyriaque Birushe, Conseiller Communal en charge de la culture, est très fan Madame Pascasie Nahishakiye : « J’ai été vraiment surpris par son talent. Elle n’a même pas besoin de beaucoup préparer. Quand on lui donne un thème à développer en poésie, c’est automatique. Elle compose sur place. Elle mérite d’être soutenue », estime Cyriaque.

Et d’ajouter qu’il serait mieux d’écrire un livre sur base des textes composés par Madame Pascasie : ils pourraient être utilisés dans des écoles pour stimuler les talents des jeunes pour en faire des entrepreneurs culturels à l’instar de Pascasie.

Par Alice Ndayizeye

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